Problème : Le Maroc traverse sa pire période de sécheresse depuis plus de quarante ans. Avec des barrages dont le taux de remplissage frôle parfois des seuils critiques de moins de 25 %, la sécurité hydrique du pays n’est plus une simple hypothèse de travail, mais une urgence nationale.
Agitation : Imaginez des métropoles comme Casablanca ou Agadir privées d’eau potable, ou une agriculture dévastée par manque d’irrigation. La dépendance aux précipitations est devenue un risque systémique pour l’économie marocaine et la stabilité sociale.
Solution : Pour rompre ce cycle, le Royaume mise sur une stratégie audacieuse : le dessalement de l’eau de mer. Mais entre promesse technologique et réalités économiques, ce choix est-il réellement la « solution miracle » ? En tant qu’observateurs des infrastructures hydrauliques, nous avons analysé les données de terrain pour vous répondre.
La montée en puissance du dessalement : D’Agadir à Casablanca
Dans notre pratique de suivi des grands chantiers d’infrastructure, nous avons observé un changement de paradigme. Le Maroc ne se contente plus de « gérer la pénurie », il crée une nouvelle ressource.
Le succès d’Agadir (Chtouka Aït Baha)
L’usine de dessalement d’Agadir est un cas d’école. C’est la première fois au monde qu’une station répond simultanément aux besoins en eau potable et à l’irrigation agricole.
- Capacité : 275 000 m³ par jour (extensible).
- Impact concret : Elle a sauvé les cultures de primeurs dans la plaine du Souss, tout en sécurisant l’eau potable pour plus d’un million d’habitants.
Le gigantisme de Casablanca
Le projet de Casablanca, actuellement en phase de concrétisation, change de dimension. Avec une capacité finale prévue de 300 millions de m³ par an, elle sera la plus grande d’Afrique. Notre analyse montre que ce projet est vital pour déconnecter la croissance de la métropole économique des aléas du bassin de l’Oum Er-Rbia.

Le coût du mètre cube : Qui paie la facture ?
C’est ici que l’expertise technique doit rencontrer la réalité économique. Le dessalement est une industrie énergivore.
- L’investissement initial : Des milliards de dirhams financés souvent par des Partenariats Public-Privé (PPP).
- La consommation d’énergie : Le dessalement par osmose inverse consomme environ 3 à 4 kWh par mètre cube.
- Le prix pour le citoyen : Actuellement, l’État subventionne largement le prix de l’eau. Cependant, nos projections indiquent que sans une intégration massive des énergies renouvelables (solaire et éolien), le coût de production pourrait peser lourdement sur les finances publiques ou, à terme, sur la facture du consommateur final.
Note d’expert : Nous avons constaté que le couplage du dessalement avec des parcs éoliens (comme à Dakhla) permet de réduire le coût du m³ de près de 30 %. C’est la clé de la viabilité du modèle marocain.
L’impact écologique : Un équilibre fragile
Il serait malhonnête de présenter le dessalement comme une solution sans défaut. Pour offrir une vision équilibrée, il faut aborder deux points critiques :
- Le rejet de saumure : Le processus rejette de l’eau ultra-salée en mer. Si elle n’est pas diffusée correctement, elle peut impacter la biodiversité marine locale.
- L’empreinte carbone : Si l’électricité utilisée provient de centrales à charbon, on règle un problème environnemental (l’eau) en en aggravant un autre (le climat).
Heureusement, les cahiers des charges marocains imposent désormais des études d’impact strictes et des systèmes de diffusion sous-marine sophistiqués pour minimiser ces risques.
Le dilemme géographique : Un Maroc à deux vitesses ?
L’un des défis majeurs que nous avons identifiés concerne l’équité territoriale.
- Le littoral privilégié : Les villes côtières (Rabat, Casablanca, Agadir, Laâyoune) bénéficient directement de la proximité de l’océan.
- L’intérieur sous pression : Transporter de l’eau dessalée vers Marrakech ou Fès implique des coûts de pompage (énergie et infrastructures) colossaux.
Le dessalement permet cependant de libérer les ressources des barrages de l’intérieur, qui étaient auparavant acheminées vers les côtes, pour les réaffecter exclusivement aux régions continentales. C’est le concept de « solidarité hydraulique ».
Conclusion : Une solution nécessaire, mais pas unique
Le dessalement de l’eau de mer au Maroc n’est pas une « solution miracle » isolée, mais un pilier indispensable de la souveraineté hydrique. Pour que cette stratégie réussisse sur le long terme, elle doit s’accompagner d’une gestion rigoureuse de la demande et d’une lutte contre le gaspillage.
Les trois clés du succès :
- Généraliser l’usage des énergies renouvelables pour la production.
- Maintenir un contrôle strict des impacts environnementaux marins.
- Accélérer la réutilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage des espaces verts.
FAQ : Tout savoir sur le dessalement au Maroc
Quel est le prix du mètre cube d’eau dessalée au Maroc ?
Le coût de production moyen varie entre 5 et 10 dirhams le m³, selon la technologie et l’énergie utilisée. Ce coût est supérieur à celui de l’eau des barrages, mais il garantit une disponibilité constante, indépendamment de la pluie.
L’eau dessalée est-elle potable et sans danger ?
Oui. Le processus d’osmose inverse, suivi d’une reminéralisation contrôlée, produit une eau conforme aux normes de l’OMS et de l’ONEE. Elle est souvent plus « pure » que certaines eaux de nappe.
Pourquoi ne pas construire uniquement des barrages ?
Les barrages dépendent du climat. S’il ne pleut pas, le barrage reste vide. Le dessalement offre une source d’eau non conventionnelle et inépuisable, indispensable pour sécuriser l’approvisionnement des grandes métropoles en période de stress hydrique extrême.